Il n'y avait qu'un seul Soleil, il n'y avait qu'une seule Lune, mais il y avait deux Ciels !

C'était à n'y rien comprendre !

    Y avait-il deux Terre ?

    En tout cas, on pouvait passer de l'une à l'autre sans danger.

    Le plus simple était de n'envisager qu'une seule Terre.

    Mais pourquoi deux Ciels ?

    Épistéma avait beau réfléchir, elle ne voyait pas de solution !

    Ce problème la préoccupait jour et nuit. Confusément, elle sentait que la réponse à ce problème pourrait, peut-être, changer sa vie. Il y avait là comme une indication de quelque chose d'important, quelque chose à comprendre, mais QUOI ?

    Elle en perdait le manger et le dormir.

    C'était le seul problème qui lui résistait.

    Elle avait résolu tous les autres : l'arc, la flèche, le biface, la massue, le pieu épointé pour tenir le danger à distance, le choix du meilleur arbre pour faire son nid, la meilleure manière de le faire ; tous les problèmes avaient une solution, et les animaux, tous les animaux, l'observaient et s'appropriaient ses découvertes, quitte à les adapter (cf. la loutre qui, aujourd'hui, utilise un caillou comme enclume pour casser un coquillage).

   

Les quatre points cardinaux

    L'axe Est-Ouest est connu de tout le règne animal ; l'axe Nord-Sud n'est connu que de quelques espèces, migratrices. Cette connaissance n'a pu être acquise par femina Habilis qu'à l'équateur (en pointillé sur la carte, au nord du lac Victoria), c'est-à-dire en Afrique, ce qui ne veut pas dire qu'elle est apparue sur ce continent, mais il est certain que c'est sur les rives du lac Victoria que son aventure intellectuelle a commencé ; ce fut le début de la phylogenèse, jusqu'au début de l'ontogenèse telle que nous la connaissons, qui a débuté à la sédentarisation.

    Là, au jardin d'Éden, il y avait de l'eau, du gibier, du poisson et des fruits en abondance.

    Elle faisait le tour du lac, par curiosité, par jeu, pour faire des rencontres, par désœuvrement, par ennui, ou pour se dégourdir les pattes ; peu importe. elle en faisait le tour, voilà tout.

    Elle a donc eu tout loisir d'observer un phénomène curieux, qui n'était observable sur Terre qu'à cet endroit : la nuit, le ciel n'était pas le même aux deux extrémités du lac. À l'une, elle pouvait observer l'Étoile polaire, à l'autre la Croix du Sud : c'était à n'y rien comprendre ; c'était quoi, ce truc ?

    Elle aussi les observait.

    Les oiseaux migrateurs la laissaient perplexe : ils s'en allaient et s'en revenaient toujours à la même époque, invariablement, année après année. Il y avait là un cycle immuable, très étrange.         allaient-ils ? Il semblait y avoir un lieu où ils allaient dormir pendant très longtemps, d'un long sommeil, d'un sommeil beaucoup plus long que celui du Soleil. Son sommeil à elle avait la même durée que celui du Soleil. La nuit était plus ou moins longue, selon les espèces, mais pour toutes les espèces d' ICI, la nuit avait la même durée (et le jour la même durée que la nuit).

    Où allait le Soleil ? allaient les cigognes ?

    Ce qui était curieux, c'était que les oiseaux migrateurs n'allaient pas dormir vers là où se lève le Soleil, ni vers là où Il se couche.

    Ce point était très surprenant.

    C'était comme si le Soleil allait dormir ailleurs qu'au couchant.

    Y avait-il un lieu, LÀ-BAS, AILLEURS, un "AILLEURS QU'ICI", un "AUTRE PART", où on pouvait dormir d'un sommeil doux et paisible, sans crainte de tomber du nid dans l'arbre, et donc sans cauchemar ?

    Les cigognes allaient dormir au pays de l'Étoile polaire, d'autres oiseaux préféraient aller dormir au pays de la Croix du Sud.

    Ainsi donc, il y avait des LIEUX où on pouvait dormir en paix...? 

    Cela méritait qu'on y réfléchisse.

    Et Épistéma réfléchissait beaucoup.

    C'était même la seule chose qu'elle savait faire (un peu comme Giordano Bruno).

   On le lui reprochait assez souvent !

   Mais là, sa raison était impuissante.

 

    On se réunit donc et on tint conseil [voir en Annexe en fin de livre ; on trouvera un site de découpe important, au nord du lac Victoria  (à l'est ou/et à l'ouest), car ils furent nombreux à débattre ; c'était il y a 1 700 000 ans environ].

    Ce fut sans doute le premier conseil, mais ce ne serait pas le dernier !

    On palabra, on s'arracha les cheveux, on se disputa, on en vint aux mains. Peu s'en fallut qu'on envisage l'extrême pour faire taire celui-ci ou celle-là. Pour le plus grand bonheur de l' Humanité, le feu n'existait pas encore et il ne vint à personne l'idée de la brûler !

    On en débattit ainsi longtemps, jusqu'au jour où l'un des chenapans qui écoutaient les débatteurs fasse remarquer que l'ombre d'Épistéma changeait de sens en plein jour à un endroit précis, quand on faisait le tour du lac.

   Et chacun de vérifier sur lui-même, par lui-même, ce phénomène étrange.

   Chose curieuse, c'est à cet endroit que la nuit le Ciel changeait du tout au tout.

   Il y avait un LIEU où le Ciel changeait !...

    [Dans le livre, il y a tout un passage poétique, assez long, qui est supprimé ici, faute de place].

   ...Puis vint le jour où, après avoir mûrement réfléchi à ce qu'elle allait dire, elle prit la parole. On l'écouta dans un profond silence, peu habituel.

   Elle ne parla pas longtemps, mais tout le monde comprit ce qu'elle disait : on avait un repère Est-Ouest le jour, et un repère la nuit. On délibéra et il fut décidé d'appeler "Nord" le lieu où vivait l'Étoile polaire et "Sud" le lieu où vivait la Croix du Sud. Dorénavant, ç'en était fini de l'errance, les uns et les autres pourraient rendre compte de leurs déplacements ; on pourrait faire des dessins sur le sable pour expliquer l'itinéraire suivi, on pourrait même faire des cartes sur des tapas, les copier et les recopier, les emporter avec soi et ainsi, peut-être, espérer trouver enfin l'endroit où dormait le Soleil ; ç'en était fini de l'errance, dorénavant on serait dans l'exploration

   Et Habilis devint "nomade". De ce jour, les portulans se mirent à circuler, et depuis, ils ne cessent de circuler.

   C'était il y a 1 700 000 ans.

   Pendant 400 000 ans, Habilis  parcourut l'Afrique d'Est en Ouest, et du Nord au Sud, ses portulans sous le bras, sans succès. Le Soleil n'y dormait pas.

   Ce mouvement d'un grand nombre d'individus fut à l'origine d'un remaniement génétique : des populations qui divergeaient peu à peu génétiquement, par sédentarité, se réunifièrent génétiquement, par recherche scientifique (les gènes se transmettent en même temps que les idées...) et Habilis , petit à petit, pendant 400 000 ans, devint Erecta (les paléontologues humains n'ont pas jugé bon - à juste titre - de nous faire part des maillons intermédiaires, car on ne passe pas de 700 cmà 1000 cmdu jour au lendemain).

     [Les "paléoanthropologues" ont observé qu'Erecta est apparue avant la disparition d'Habilis et ont conclu à des espèces différentes, qui ont coexisté. Ils expliquaient qu'Erecta avait confisqué la niche écologique d'Habilis, qui n'avait d'autre solution que de tirer sa révérence et laisser la place à un cerveau plus volumineux et  DONC (!?!) mieux équipé ! Exit le darwinisme, place au néo-darwinisme et à l'évolution "buissonnante" !

     [En fait, il est normal, selon Darwin, que les deux "espèces" se soient chevauchées : quand la compréhension des quatre points cardinaux est admise par tous, les déplacements de populations cessent et les génomes s'uniformisent ; il n'y a plus alors (au bout d'un temps assez long - 200 000 ans - qu'une seule "espèce" : Erecta, et Habilis a "disparu"). En fait, ces 200 000 ans représentent le temps nécessaire à la généralisation de la nouvelle connaissance. L'"apparition" d'Erecta signale le lieu (et la date) de la compréhension des quatre points cardinaux, et la "disparition" d'Habilis la date (et le lieu) où les quatre points cardinaux n'ont pas été compris !

     [Ce sont, les idées qui se déplacent, pas les gènes, qui ne se "déplacent" que si leur porteur se déplace !

     [Épicharme, qui ne connaissait rien à la génétique, le disait déjà : "C'est l'esprit qui voit et c'est l'esprit qui entend : le reste est sourd et aveugle".]

   Alors, il y a 1 300 000 ans, on tint conseil à nouveau, au même endroit, et on décida, la mort dans l'âme, de sortir d'Afrique, où il faisait si bon vivre, et d'affronter le froid et l'inconnu, pour savoir enfin où dormait le Soleil.

    Et ce sédentaire-né (comment aurait-il pu en être autrement ?) devint "nomade", par nécessité.

   Car il faut expliquer POURQUOI il est sorti d'Afrique : il avait trop chaud ? Il manquait de nourriture ? Il avait des fourmis dans les jambes ?

     [Le besoin de dormir est universel dans le règne animal. Les uns creusent des terriers, d'autres s'envolent sur les plus hautes branches des arbres les plus hauts...

    [Bien entendu, le plus démuni d'entre tous n'échappait pas à ce besoin irrépressible. Aujourd'hui, il ferme la porte à double tour et laisse la clé en travers de la serrure ; et malgré cela, il ne peut s'endormir, parfois, que la lumière allumée ! Ce n'est qu'avec l'invention du feu, qu'il a pu dormir à terre. Auparavant, il lui fallait dormir dans les arbres, alors qu'il n'était plus adapté à la vie arboricole, et les chutes nocturnes devaient être fréquentes et étaient mortelles : dormir, c'était risquer la chute, et donc la mort. D'où, probablement , le caractère hallucinatoire de nos rêves, aujourd'hui encore : c'est une caractéristique du psychisme humain, et probablement de celui des animaux.

    [

    Ce n'est qu'il y a 450 000 ans, à Menez-Dregan, qu'en désespoir de cause, Neandertalensis a inventé le "soleil artificiel" qui lui permit de dormir à terre.

   Mais certains Erectus  s’entêtèrent jusqu'en Asie, et en désespoir de cause, Sapiens, toujours en quête du lieu où dort le Soleil, traversa "à la nage" et s'aventura jusqu'en Australie (voir en "Annexes" le récit de cette aventure).

  Aujourd'hui, il n'y a plus d'isolat géographique et l'évolution du genre homo est terminée (contrairement à ce que soutient Henry de Lumley dans "L'Homme premier, page 11).

  C'est pourquoi, on est tout surpris que les paléontologues humains s'entêtent dans leur approche raciste et nous parlent d'Heidelbergensis (après avoir fait semblant d'abandonner cette approche raciste, avec l'abandon d'Habilis, d'Erectus, ET de Sapiens (devenu l'homme "anatomiquement moderne").

     Il leur reste à nous expliquer comment on passe d'Heidelbergensis à Sapiens...

   Les généticiens nous décriront peut-être la chose un jour, mais pourront-ils  nous dire ce qui s'est passé dans la tête de chacun de nos ancêtres ? Cela paraît bien peu probable !

     Quant à nous donner le génome d'Habilis, ce n'est pas pour demain...

     Ainsi donc, la génétique ne nous est d'aucune aide : les pseudo "paléoanthropologues" se sont défaussés sur les généticiens, ils se sont débarrassés du problème, mais ils ne l'ont pas résolu.

     La paléopsychologie n'a pas besoin de la génétique : Il n'y a jamais eu qu'une seule espèce humaine, une et indivisible, dont les paléontologues humains ont décrit les différents phénotypiques (aux variations génotypiques mineures), mineurs si on les considère dans leur succession temporelle quotidienne (mais considérables si on les considère sur une durée très longue : 100 ou 200 000 ans, inexpliquées, et inexplicables pour l'heure). 

     Adieu Heidelbergensis ! Bienvenue (enfin !) au genre humain !

     Ouf ! Il était temps que le temps des romans à géométrie variable des "paléoanthropologues" s'arrête ! On n'en pouvait plus !

     Place à la Science et à la Paléopsychologie !

     C'est contre le cours de Michel Brunet (et de Jean-Jacques Hublin) que ce livre a été écrit.