La domestication du loup

 

    Pourquoi avoir choisi le loup, un carnivore, plutôt que le mouflon, un herbivore qui allait un jour devenir mouton ? Était-il moins féroce que le mouflon ? Était-il plus facile à attraper ?

    Les préhistoriques pouvaient-ils prévoir que le loup deviendrait un chien fidèle, qui, des millénaires plus tard, garderait leurs moutons, sans même penser un seul instant à les manger et défendrait le bétail contre ses propres ancêtres ?    

    En choisissant le loup, nos ancêtres ont décidé, sans le savoir, de notre destin, car ils ne pouvaient prévoir, au début de l'expérience (au sens scientifique du terme, ce qui suppose une hypothèse qu'il faut vérifier) que cet animal féroce deviendrait un gentil toutou.

 

    Alors, pourquoi ce choix ?

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    Le loup était, à l'époque de Lascaux, avec le lion et la hyène, un des rares quadrupèdes carnivores dans l'espace franco-cantabrique (à l'époque de Lascaux, l'ours était herbivore). Ces quadrupèdes chassaient le même gibier que l'homme, sur le même territoire. Ils étudiaient l'homme et le craignaient, comme tous les autres animaux.

    Car l'homme était un chasseur redoutable qui tuait à distance et pouvait tenir le feu dans sa main, avec lequel il faisait cuire le produit de sa chasse, dont le fumet les affolait.

    Celui qui se tenait debout savait fabriquer le feu là où il n'y en avait pas et faire le jour quand il faisait nuit ; celui-là était le plus fort ; aussi, dans sa grande sagesse, le loup préféra-t-il, il y a 450 000 ans, éviter ce bipède redoutable et se résolut à chasser de préférence la nuit, puisque l'homme ne chassait que le jour.

    Chacun chez soi.

    Parmi ses rivaux potentiels l'homme, de son côté, observait le loup et ne le chassait pas : entre carnivores, on se respecte ; de toutes façons, il y avait assez de gibier pour quatre.

    L'organisation sociale des loups l'intriguait : la meute semblait ignorer le conflit, le mâle dominant ne s'accouplait qu'avec une seule partenaire, qu'il semblait privilégier, et celle-ci faisait de même avec lui. Les plus jeunes semblaient s'accommoder de la situation, et si, d'aventure l'un d'eux venait à refuser cet état de chose, il n'avait d'autre solution que de quitter la meute, sans complexe, et de chercher une partenaire d'une autre meute que la sienne, désireuse, elle aussi, de s'affranchir de la contrainte imposée par leur meute respective, et donc de créer une nouvelle meute, ailleurs, un peu plus loin, à laquelle ils imposeraient à leur tour, sans complexe, leur loi (seul un bipède stupide pouvait envisager qu'une révolte puisse se terminer par un meurtre suivi de cannibalisme, alors que la fuite ne présentait que peu d'inconvénients ; les éthologues observent cependant, mais rarement, qu'il arrive qu'un jeune loup, en révolte contre le mâle dominant, parvient parfois à chasser le vieux mâle et à prendre sa place... ; encore une fois, le cas est rare (ça, c'est de l'œdipe !).

    Les êtres humains d'aujourd'hui appellent le groupe de loups une "meute" ; ceux d'autrefois appelaient un tel groupe, si particulier parmi les carnivores qu'ils avaient sous les yeux : une "famille", car les petits acceptaient, sans complexe, l'autorité de leurs parents, même après le sevrage. 

    Et les loups, dans leur langage, appelaient les groupes humains, ces barbares, une "meute".

    Chacun son vocabulaire.

Le loup, un maître incontesté

    Le loup avait une particularité intéressante : il était maître chez lui ; nul dans sa famille ne disputait, en général, son autorité.

    Il observait avec étonnement la horde primitive qui s'entredéchirait inutilement : pourquoi ces bipèdes étaient-ils aussi stupides ? C'était incompréhensible : ils baisaient entre eux, n'importe comment, dans tous les sens, n'importe quand, avec n'importe qui, n'importe où (un peu comme chez les bonobos). Bref, c'était n'importe quoi !

    Et ces bipèdes observaient ces quadrupèdes étonnants qui ne connaissaient pas de conflit ! Quel était leur secret ?

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    Cette hiérarchie naturelle et cette discipline ont-elles inspiré nos ancêtres ?

    Ce livre ne s'adresse pas aux passionnés d'histoire, d'anthropologie et de comportement animal, mais bien plutôt à ceux qui s'intéressent à la psychologie humaine.

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   Car c'était bien là le problème : les loups avaient inventé la royauté : le mâle dominant ordonnait et tous exécutaient ses ordres. 

   Chez les humains, c'était l'anarchie, un peu comme chez les bonobos.

    Ils n'avaient trouvé d'autre solution que de séparer les mâles et les femelles, un peu comme chez les éléphants (Étiolles) ; les femelles allaitaient totalement leurs petits jusqu'à ce qu'ils perdent leurs dents de lait ; peu après, les jeunes mâles étaient chassés car ils importunaient leur Mère et leurs sœurs. Ils n'avaient alors d'autre solution que de rejoindre les mâles adultes car ils étaient encore trop petits pour se débrouiller seuls. Les mâles devaient mâter ces jeunes indisciplinés.