Vénus décapitées

    Les préhistoriens ont souvent découvert des statuettes brisées dans des Grottes dont l'entrée était effondrée (nous avons déjà vu que les hampes des "Faons à l'oiseau" sont presque toutes cassées).              Parfois, seules les têtes étaient retrouvées (mais pas le corps), d'autres fois ils ont retrouvé le corps, (mais pas la tête).

    Il est évident que les parties manquantes (hampes, têtes ou corps) ont été "exfiltrées" avant l'effondrement des entrées (que cet effondrement soit volontaire ou naturel). Cela suggère donc un conflit "in situ" très peu de temps (quelques heures - ou quelques minutes !) avant que l'entrée de ces grottes ne soient scellées (nous verrons qu'on si on ne peut pas généraliser une telle hypothèse en ce qui concerne les Grottes dont l'entrée était effondrée, on ne peut pas l'exclure pour certaines d'entre elles, notamment celles où des objets mobiliers étaient incomplets...).

    Ce conflit, qu'il soit à l'origine de la sédentarisation dans l'espace franco-cantabrique ou sa conséquence (comme il va être discuté), est longuement étudié tout au long de ces quatre cents pages.    

    Il est surprenant de constater qu'aucun préhistorien n'a jusqu'à présent conclu à l'existence d'un conflit (probablement scientifique, mais peut-être aussi idéologique), malgré les innombrables détériorations qui sont systématiquement attribuées au Temps (ou à la géologie pour ce qui concerne l'effondrement de l'entrée de certaines Grottes) ET la cessation de l'art pariétal (il n'est alors plus nécessaire d'effondrer l'entrée des Grottes, quelle que soit la nature du conflit).

    Une datation de ces détériorations de l'art pariétal correspondrait, selon toute vraisemblance, à celle de l'effondrement de l'entrée des Grottes (si les éboulis, ôtés à la hussarde par des préhistoriens, pressés d'enter dans les Grottes, n'ont pas été jetés à la décharge ; on peut faire l'hypothèse que la datation de l'effondrement volontaire de l'entrée de  certaines Grottes permettra de dater les détériorations à l'intérieur de ces Grottes). Si une telle datation est possible un jour, elle montrera probablement qu'un curieux phénomène géologique s'est produit, de temps à autre, à des dates différentes, séparées de plusieurs milliers d'années, dans et à l'entour de certaines Grottes. Effondrement de l'entrée de la Grotte - Chauvet : -21 500 ans ; -Lascaux : -18 000 ans ; - Altamira : - 13 000 ans.

    Une datation fine permettrait de dater la progression, par à-coups, de l'idée révolutionnaire qui est à l'origine de la sédentarisation, de l'Atlantique à l'Oural.

   Si les faits valident cette hypothèse, il faudra conclure que la querelle a été récurrente pendant toute la durée de l'art pariétal.

    Il va de soi que les Mères devaient chasser pour se nourrir et pour nourrir leur progéniture (sinon, qui d'autre l'aurait fait à leur place ?) ; elles devaient donc être, dans leur immense majorité, suffisamment sveltes, voire athlétiques, aussi les "Vénus" ne manquent-elles pas de surprendre et doivent-elles être expliquées.

    Le lecteur aura déjà compris que le thème des "Vénus" est un thème qui était controversé, comme celui des "Faons à l'oiseau" ainsi que, peut-être, un certains nombre de figures pariétales, dont  les détériorations partielles sont attribuées, sans examen, (comme si cela allait de soi...) au climat, à l'ancienneté ou à la géologie, c'est-à-dire à des causes naturelles .

    L'étude systématique, sans a priori, de TOUTES ces détériorations s'impose.

La Vénus de Hohle Fels

    Cette Vénus est la plus ancienne de toutes les Vénus préhistoriques connues (de-35 000 à -40 000 ans), c'est donc elle qui a servi de modèle à toutes les autres (on suppose que des Voyageurs qui sillonnaient le continent ont évoqué à chaque étape de leur parcours l'histoire de cette femme remarquable et que son exemple a été suivi, ici et là : voir en "Annexes", en fin de livre, le rôle important joué par les Voyageurs dans la diffusion des idées... et des gènes).

    Il lui manque l'épaule et le bras gauche (parce qu'elle n'avait pas de tête ?), mais la main gauche est présente (bien que le bras soit absent...).

     Deux fragments d'une seconde "Vénus" ont été découverts dans la Grotte. On ne sait ce que sont devenus les fragments manquants (les préhistoriens ne les ont pas retrouvés, bien que l'entrée de la Grotte n'ait jamais été effondrée, ce qui donne à réfléchir, car, si on ne peut exclure un effondrement volontaire, on ne peut pas davantage exclure un effondrement naturel ; il faut donc étudier de très près ces effondrements avant de conclure...). Ici, pas d'effondrement, et pourtant disparition quand même des morceaux manquants...

La Vénus de Willendorf

 

    On doit comparer cette représentation féminine (datée d'environ -30 000 ans) aux formes voluptueuses (ci-dessus) à la statuette de Vibraye, un peu plus bas.

    D'habitude, le paléopsychologue a une lecture symbolique, mais ici, il privilégie une lecture figurative. Il envisage donc des Mères peut-être "diabétiques" et envisage qu'on devait croire en ce temps-là que de gros seins devaient contenir beaucoup plus de lait qu'une petite poitrine et qu'une telle Mère était une "meilleure" Mère. 

    Quel régime alimentaire devait suivre une telle Mère ? Il fallait manger beaucoup de glucides (pour devenir éventuellement diabétique) et beaucoup de lipides (pour aboutir à des formes aussi voluptueuses).

   On peut donc supposer que le plus ancien modèle de "Vénus" (la "Vénus" de Hohle Fels) préférait, par idiosyncrasie (donc par goût)  manger le foie, riche en sucre, et la moelle osseuse jaune (qui entrepose le tissu graisseux) ainsi que la cervelle (les abats, donc, ainsi que, nous dit la médecine, la langue, riche en matières grasses ; elle avait donc probablement un taux de cholestérol élevé), de préférence aux muscles. Les noisettes, riches en lipides et en fibres, constituaient un complément alimentaire qui se conservait très bien (leur cueillette était facile et sans risque pour des enfants). De même les noix, quand c'était possible.

    Si une telle "Vénus" avait eu cinq enfants et était dotée d'une grande intelligence, au point de servir de référence à son groupe, on peut comprendre que nos ancêtres aient pu avoir envie de l'immortaliser.

    La corpulence d'une telle "Vénus" devait constituer un handicap dans la vie quotidienne et son groupe devait lui venir en aide. Il n'est pas nécessaire pour autant d'en faire une "reine", ni même une "cheffe" (et encore moins une "déesse") : l'empathie (dont semblent dépourvus les préhistoriens) suffit à expliquer cette solidarité, universelle en ce temps-là (et déjà depuis Habilis), sans laquelle nous ne serions pas. Nul doute que les enfants d'une telle Mère devaient la prendre en charge ; aussi, si c'est la fécondation ou la "fécondabilité" qui est représentée, mais probablement aussi l'amour filial (il faut en finir avec la lecture représentative !).

    Dans cette approche, des Voyageurs auraient colporté l'histoire de cette Mère remarquable, ce qui peut avoir suscité des émules, ici ou là (les "Vénus" en bois, probablement très nombreuses, ont disparu).

    Il appartient aux préhistoriens de valider (ou d'invalider) une telle approche.

    La coiffe de cette statuette n'est pas sans rappeler celle de la Dame de Brassempouy, ci-dessous.

   

La Vénus de Laussel

 

    Ici, sur la photo ci-contre, le visage semble avoir été martelé et la tête "décapitée" par incision (mais l'ombre portée peut induire en erreur : rien ne vaut une expertise sur place !).

  Le bras gauche est atrophié. Certains préhistoriens penchent pour une "maladresse" de l'artiste (comme pour le bison "se léchant" de La Madeleine : décidément, ces artistes étaient bien maladroits et les préhistoriens sont d"'une perspicacité à toute épreuve...). Le paléopsychologue pense plutôt à une représentation figurative, c'est-à-dire qu'il pense que la  femme représentée a réellement existé et voit dans cette "maladresse" une confirmation de ses vues : cette malformation congénitale est la preuve que cette femme a réellement existé (voir plus bas la "Vénus", muette, de Brassempouy : le mutisme de cette femme plaide pour son authenticité réelle : les "anomalies" attiraient l'attention et étaient, semble-t-il, parfois valorisées et, peut-être, valorisantes). 

    Ici, le bras gauche atrophié (la main gauche se trouve au dessus du nombril au lieu de se trouver juste au dessus du genou) semble avoir subi, lui aussi, des dommages (la "valorisation" apportée en un premier temps à ce bras est "annulée" par sa destruction en un second temps).

    Est-il présomptueux d'envisager que la tête curieusement allongée de la "Vénus" de Laussel portait une chevelure qui a été détruite ? 

La Vénus de Vibraye

 

    Le paléopsychologue n'est pas un préhistorien et n'a accès au matériel que par l'intermédiaire de photos qui ne permettent pas toujours de se faire une idée précise de l'objet photographié (Champollion n'a jamais vu la Pierre de Rosette, il a travaillé sur une "photo" de l'époque : une copie papier).

    Il m'est donc difficile d'être catégorique, mais il semble bien que cette Vénus "impudique" (datée d'il y a -16 000 ans) a été décapitée et qu'on n'en a pas retrouvé la tête.

    On laisse le qualificatif d'"impudique" à la névrose du préhistorien qui l'a découverte (ce qualificatif renvoie à la Vénus romaine du Capitole et à la Vénus de Médicis, postérieures de plusieurs dizaines de milliers d'années... C'est une erreur fondamentale de mélanger l'histoire et la préhistoire). De même, le terme de "Vénus" pour désigner ces deux cents cinquante statuettes représentant des femmes laisse percevoir un machisme fort mal venu en Science (et, a fortiori, en "paléoanthropologie"). 

  On remarque que la morphologie de cette Vénus magdalénienne est "normale" et se distingue des autres "Vénus" par l'absence d'adiposités dont ses  congénères sont abondamment pourvues.

   Mais le plus remarquable, ici, c'est l'absence totale de seins. Nous avons donc là une jeune fillette impubère, ce qui n'est pas sans rappeler les "Faons à l'oiseau", impubères, eux aussi.  

    Elle représente donc une enfant de huit à douze ans (peut-être même moins).

    Il semble sur la photo que les jambes aient été fracturées au niveau des genoux, puis recollées (mal) par les découvreurs.

    Il semble qu'il existe plusieurs "Vénus" impubères, mais il est très difficile (voire impossible) de trouver de la documentation. Une aide extérieure serait la bien venue (les contributeurs seront, bien évidemment, cités - et rémunérés en fonction de leur contribution).

    Malheureusement, il n'existe pas de travail réunissant les deux cents cinquante "Vénus" de l'art mobilier, pas plus que de travail exhaustif sur les mains (ou sur les "Faons à l'oiseau"). Ce travail sera fait dans un Institut de Paléopsychologie Humaine ET Animale rattaché à l'Institut de Paléontologie Humaine. 

    Ce sera un Institut (de droit privé), indépendant de l'université (de droit public).

 

La "VÉNUS" de BRASSEMPOUY

 

    Il s'agit probablement de la première représentation d'un visage humain (-30 000).

   "L'étude de la fracture de son cou suggère qu'elle ne résulte pas d'une cassure, ce qui laisse penser que cette tête n'a jamais été rattachée à un corps similaire à celui des autres statuettes" (Wikipédia).

    Le paléopsychologue s'impose de ne jamais contredire une seule observation des préhistoriens. Il ne peut cependant que se demander comment une "fracture" pourrait ne pas résulter d'une "cassure" ? 

    Il reste donc dubitatif et demandera aux préhistoriens une nouvelle étude (sous supervision d'un paléopsychologue) sur ce point dans un Institut de Paléopsychologie Humaine ET Animale.

    Peut-être cette femme (probablement remarquable) était-elle muette (il est remarquable qu'ici, aucun préhistorien ne parle d'une "maladresse" ou d'un "manque de matière") ; son regard est vide : l'artiste, de toute évidence maladroit (ou faute de temps...), n'a pas jugé utile de graver le détail des yeux : pas de pupille, pas d'iris ; le paléopsychologue, qui, lui, ne prend pas l'artiste pour un imbécile, envisage que non seulement elle était muette, mais peut-être même était-elle aveugle (ou, à tout le moins, malvoyante).

    Comme pour le bras gauche de la "Vénus" de Laussel, la pathologie de la "Vénus" de Brassempouy est clairement reproduite.

    L'étude comparative des deux cents cinquante "Vénus" portera notamment sur les "maladresses" des artistes préhistoriques (et donc sur la perspicacité des préhistoriens...).

    Il est regrettable qu'aucune "psychanalyste" n'ait entrepris une étude des différentes pathologies de ces femmes mutilées post mortem...

   Reste la plus passionnante des énigmes : les artistes de la préhistoires semblent avoir répugné à représenter la forme humaine. Seules les "Vénus" ont trouvé grâce à leurs yeux, mais la répugnance à représenter la figure humaine semble avoir été plus grande encore. 

    Un artiste, et un seul, s'est autorisé à le faire. Il est probable qu'il n'aurait pu le faire sans l'accord de ses contemporains, ce qui suppose que cette Dame de Brassempouy devait être une très grande Dame.

    Ce visage unique évoque l'homme du "Puits" à Lascaux, unique, lui aussi.

    C'est pourquoi, cette Grotte et ses alentours méritent une attention particulière (on y a trouvé neuf figurines féminines, brisées, toutes sculptées dans de l'ivoire de mammouth) ; de même que le site de Kostienki (en Russie) où on a retrouvé plus de 150 statuettes "anthropomorphes". 

    Un dernier point : il semble bien que là où les préhistoriens ont trouvé des "Vénus", il n'y ait pas d'art pariétal et qu'on ait pas trouvé de "Vénus" là où les Grottes sont ornées.

     Dernier point troublant : les préhistoriens n'ont pas retrouvé de "Vénus" en Espagne !