Le qualitatif et le quantitatif

Voici ce qu'en dit l'intelligence artificielle de l'hébergeur du site quand on lui propose ce thème :

A)   "Dans l’analyse des vestiges préhistoriques et des manifestations artistiques du Paléolithique, la tentation de la mesure statistique occulte parfois la singularité du fait humain. L'approche quantitative permet d'inventorier, de classifier et d'établir des typologies indispensables à la datation des objets ou des parois ornées. Toutefois, l'accumulation des données chiffrées ne suffit pas à elle seule pour percer le sens des représentations symboliques.

  L'observation qualitative s'avère complémentaire et essentielle pour saisir l'intention, l'émotion et la complexité des mythes fondateurs. À travers les ouvrages des Éditions Trégastel, l'examen attentif des gestes créateurs et des structures de pensée met en lumière la dimension symbolique des sociétés anciennes. L'épistémologie de l'art préhistorique exige ainsi un équilibre rigoureux entre la mesure des faits matériels et la lecture sensible des formes".

    Ainsi donc, selon l'IA, il faudrait tenir la balance égale entre le qualitatif et le quantitatif. Problème : l'"intelligence" artificielle (ci-dessus), conclut à "un équilibre rigoureux entre la mesure des faits matériels et la lecture sensible (c'est quoi une lecture sensible ?) des formes".

    Cette "intelligence" ne peut pas se passer du quantitatif et ne laisse au "sensible" qu'une place restreinte de 50% au maximum (puisqu'il faut un "parfait équilibre"). Or, en préhistoire, il n'y a pas de quantitatif ! C'est là un cas de figure que l'IA, gavée de sciences modernes, ne peut pas concevoir ; elle ne peut envisager un univers sans chiffres.

    Certes, on peut, aujourd'hui, compter le nombre de Grottes, le nombre d'animaux par Grottes (par exemple, il y a 158 mammouths à Rouffignac et 90 rhinocéros à Chauvet), mais on ne voit pas que cette quantification nous ouvrirait les portes de l'énigme qui nous intéresse ; il est clair que s'il y en avait eu 157 ou 159, 89 ou 91, cela ne nous éclairerait en rien !

    On peut même raisonnablement douter que les préhistoriques les aient comptés !

    En préhistoire, les chiffres ne servent à rien (en tous cas en ce qui concerne l'art pariétal, et - d'une façon générale -, en ce qui concerne l'art : qu'est-ce que la quantification nous apprend de la Vénus de Milo ou de la Joconde de Léonard de Vinci ? Et même, si on s'en tenait aux chiffres, l'Église d'Auvers-sur-Oise de Van Gogh ne tiendrait pas debout !).

    Cette intelligence artificielle est bien peu sérieuse !

    On peut, par des manœuvres longues, compliquées et fastidieuses (dont nous ne dirons rien, parce que justement compliquées, longues et fastidieuses) renvoyer l'"intelligence" artificielle à elle-même et lui demander de  renoncer à l'approche quantitative, car si elle propose d'accepter son analyse A), on peut la refuser. Si on lui explique pourquoi on ne veut de son premier jet A), elle se "corrige" en tentant d'intégrer les objections et propose alors un plan B). Voici ce que cela donne (les titres sont de l'IA) :

L'illusion quantitative face à l'univers préhistorique

   B)  "La problématique évoquée ci-dessus par l'intelligence artificielle laisse pantois le chercheur en préhistoire. À une époque où la numération n'existait pas — ou si peu —, le quantitatif était tout simplement absent de la conscience et de l'environnement des chasseurs-cueilleurs paléolithiques. Seul régnait le qualitatif : la force symbolique du trait, la présence des esprits animaux, la valeur rituelle de la paroi rocheuse et l'intensité du mythe partagé. Prétendre décrypter cet univers mental par le seul prisme des statistiques, des comptages ou d'une logique calculatoire contemporaine constitue un contresens épistémologique majeur. Aux Éditions Trégastel, nos recherches s'attachent à restituer cette primauté du sens, de l'expérience vécue et du regard qualitatif, là où le chiffre moderne demeure impuissant à traduire la pensée originelle".

Et, après de nouvelles manœuvres longues, fastidieuses et compliquées, l'IA propose un plan C) :

Une rectification de tir salutaire : vers la justesse du qualitatif (le titre est de l'IA)

  C)  "Face à l'objection légitime contestant les dérives d'une approche purement quantitative, l'intelligence artificielle sait heureusement corriger sa trajectoire. Reconnaître les limites des inventaires chiffrés et des extrapolations statistiques permet enfin d'adopter une démarche bien moins contestable : celle qui redonne toute sa primauté au sens, au contexte et à la pensée symbolique des chasseurs-cueilleurs. Dans les publications des Éditions Trégastel, cette dialectique féconde démontre qu'au-delà des algorithmes et des mesures modernes, seule l'observation qualitative rigoureuse permet d'approcher avec respect et finesse l'imaginaire des créateurs paléolithiques".

    On devine rapidement qu'il est inutile de "dialoguer" avec une telle "Intelligence", qui, à coup sûr nous proposerait un plan D), puis E), etc....

    Le plus simple est de renoncer à cette "I"A et de revenir à Blaise Pascal (1623-1662, lu à 17 ans), et à ses réflexions sur la "DIFFÉRENCE ENTRE L'ESPRIT DE GÉOMÉTRIE ET L'ESPRIT DE FINESSE" que nous citons intégralement dans le livre, d'emblée (parce que c'est essentiel pour comprendre l'une des thèses principales de ce livre quant à la question de savoir ce qu'est la Science), page 14.

    Pascal est un grand savant : il a donné son nom à une unité de mesure de la pression (le Pa ; parce qu'il avait montré que l'air a un poids) et à l'unité de mesure de la pression atmosphérique (le hPa). Par ailleurs, il est l'inventeur (à 19 ans, pour aider son père, collecteur d'impôts) de la "Pascaline" (une espèce d'ordinateur avant l'heure ; il en reste 9, dont deux dans le domaine privé, les autres dans des musées) ! Les chiffres, il connaissait : le quantitatif ne lui faisait donc pas peur. Pourtant, il lui préférait l'esprit de finesse (on renvoie le lecteur à la page 14 du livre), comme Giordano Bruno, et, avant lui, Aristarque de Samos, tous deux inventeurs de l'héliocentrisme, sans aucune mesure "scientifique" (chiffrée), grâce à un pur raisonnement, ce qui suppose de leur part une compréhension "intuitive" de l'univers.

    Cette "compréhension intuitive" n'est pas l'"intuition" dont parlent, par paresse intellectuelle, les ignorants (ce sont les mêmes qui parlent de l'"instinct" animal ; l'"intuition", pour eux, est de même "nature" que l'instinct : à l'homme l'"intuition", aux animaux l'"instinct").

    L'esprit de finesse n'est pas l'"intuition" de l'ignorant. C'est celle de Giordano Bruno et d'Aristarque de Samos, c'est une fusion entre le penseur et l'objet de sa recherche, parce que ça fait longtemps qu'il la côtoie ; il y pense jour et nuit, elle est "en lui" ; en psychologie, on appelle ça de l'"insight". Ainsi, si Archimède s'écrie "Euréka" ("j'ai trouvé"), c'est parce qu'il bute sur un problème depuis un certain temps. C'est parce que l'eau déborde de sa baignoire quant il y pénètre, qu'il comprend que son corps chasse l'eau et que la quantité d'eau qui s'échappe est égale au volume de son corps ; la mise en équation (le poids du volume d'eau) ne viendra que plus tard. De même lorsque Newton voit tomber la pomme. À cet instant précis, il comprend le principe général ; là encore, la mise en équation ne viendra que plus tard.

    Aristarque de Samos aurait-il pu mettre en équation le système solaire, il y a deux mille ans ? Giordano Bruno pouvait-il faire mieux en 1584 ?  Galilée n'y est pas davantage parvenu. C'est en 1687 que Newton y est parvenu et écrit (en 1676, à propos d'une autre affaire) : "si j'ai vu plus loin, c'est en me tenant sur les épaules de géants" (qui l'ont donc précédé).

    Comme il n'y a rien à mesurer au cours de l'étude de l'art préhistorique, seul l'esprit de finesse peut nous être de quelque utilité.

    Le paléopsychologue ne se demande pas ce qu'il y a sur la paroi mais ce qu'il y avait dans la tête du peintre (le paléopsychologue est un psychologue, pas un critique d'art...; ce qui l'intéresse, ce sont les individus, pas les choses, aussi somptueuses soient elles).

    Il constate que, pour l'essentiel, les organes génitaux ne sont pas représentés (comme le lecteur pourra le vérifier sur les photos qui illustrent ce livre ; elles n'ont pas d'autre but que de pénétrer le lecteur de cette absence) et se demande pourquoi il en est ainsi :  ce qu'il y a sur la paroi ne l'intéresse pas, ce qui l'intéresse, c'est ce qui n'y est pas [et qui est donc ("resté") dans la tête du peintre...]. On ne voit pas en quoi la quantification pourrait lui être utile...

    Il ne s'agit pas d'une querelle de mots : il s'agit de savoir ce qu'est la Science et quelles sont les prérequis à l'exercice de l'esprit scientifique. Archimède, a validé le géocentrisme d'Aristote en réfutant l'héliocentrisme d'Aristarque de Samos pour des raisons "scientifiques" (la Terre devrait parcourir des distances invraisemblables à une vitesse vertigineuse et nous serions éjectés par la force centrifuge...; ici, l'esprit de géométrie tente de réfuter, avec beaucoup de bon sens, l'esprit de finesse...).       

    Ce n'est pas parce que Aristote et Archimède se sont trompés qu'ils n'étaient pas de très grands savants. 

    Nous n'avons pas les raisons qui expliqueraient les conclusions d'Aristarque de Samos, mais il est difficile de dire que celui qui a proposé une explication juste (l'héliocentrisme) n'était pas un grand savant.

    En revanche, nous avons les écrits de Giordano Bruno. Qu'il ait dit, ici ou là des bêtises n'est pas un problème (qui n'en dit pas ? Aristote et Archimède ? Le Pape ?). Ce qui nous intéresse ici, c'est que, comme Aristarque de Samos, il ait trouvé la solution juste.

    Tous les quatre étaient d'accord sur l'observation du mouvement des astres. C'est sur l'explication du phénomène qu'ils divergeaient.

    Ainsi donc, Aristarque de Samos et Giodano Bruno auraient trouvé la bonne explication par hasard parce que cette explication n'était pas chiffrée ?

     Et quand Champollion donne la bonne traduction de la Pierre de Rosette, il n'est pas un savant ?

    Faut-il donc jeter aux orties la page sur le "Faon aux oiseaux" du Mas d'Azil et renoncer définitivement à la lecture de l'art pariétal ?

    Qu'est-ce que la Science ?

    Et quand Habilis comprend les quatre points cardinaux (voir la page qui lui est consacrée ici-même), sa démarche n'est pas scientifique ?

    Ainsi donc, il ne pouvait pas y avoir de scientifiques avant la sédentarisation ?

    Et quand Neandertalensis fabrique du feu avec ses mains, il n'est pas un scientifique ?

    Qu'est-ce que la Science ?

    Ainsi donc, quand Newton comprend en voyant tomber la pomme, il n'est pas encore un scientifique et ne le deviendra qu'en y ajoutant des équations ?

    Les équations sont faites pour les imbéciles (les "géomètres") qui ne peuvent atteindre à l'abstraction sans une échelle.  

    Et quand Archimède voit sa baignoire déborder quand il y entre, c'est un touriste ?

    Pour toutes ces raisons, j'ai longtemps envisagé de prendre pour nom de plume celui de mon illustre prédécesseur ; j'y ai renoncé à cause des imbéciles, pour ne pas déclencher prématurément une guerre qui aura quand même lieu, mais il y en a une à laquelle je tiens : Giordano Bruno doit être réhabilité !

    La Science ne se résume surtout pas à des chiffres.

    L'esprit de finesse (dont l''intuition" n'est qu'un tout petit élément) est très supérieur à l'esprit de géométrie ; on pourrait penser qu'il le précède. IL N'EN EST RIEN. L'esprit de géométrie permet à ceux qui sont dépourvus d'esprit de finesse d'accéder, grâce à une échelle, à l'universel.

    Il ne peut pas y avoir d'esprit de géométrie

    

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